Traitements parodontaux et péri-implantaires des patients âgés

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Traitements parodontaux et péri-implantaires des patients âgés

Article tiré de la publication de Perio 2000 d’avril 2026 : Yang et al. Population level data on aging in periodontal and peri-implant health—Aging is not a contraindication for periodontal or peri-implant therapy. Periodontol 2000. 2026 Apr 24. doi: 10.1111/prd.70041. Online ahead of print. (1)

 

 


Messages clés

  • Le grand-âge n’est pas une contre-indication aux traitements parodontaux, ni aux traitements implantaires.
  • Les patients âgés seraient touchés par des formes un peu moins fréquentes et un peu moins sévères de parodontite.
  • La prise en compte des pathologies intercurrentes (diabète, ostéoporose, Alzheimer notamment) engendre une augmentation des besoins de soins et implique une adaptation des plans de traitement.
  • Les traitements parodontaux (surfaçages et chirurgies parodontales) peuvent être adaptés et pratiqués en odontologie gériatrique.
  • Les implants dentaires n’ont pas un taux d’échec plus élevé chez les patients âgés, mais ont un taux de complications (mucosite et péri-implantite) légèrement plus important.

 

Introduction

 

Le vieillissement de la population et les progrès de la parodontologie conduisent conjointement à une augmentation de l’espérance de vie avec des dents naturelles. Bien que le grand âge ait traditionnellement été considéré comme un facteur de risque d’échec des traitements parodontaux et implantaires, les données épidémiologiques pour répondre à cette question ont longtemps fait défaut. Cet article est une synthèse des données scientifiques actuelles existantes sur le sujet.

 

Le vieillissement de la population est une caractéristique partagée par de nombreux pays. En 2050, la tranche d’âge des 60 ans et plus atteindra 20% de la population mondiale. En France, selon les dernières projections de l’INSEE, les plus de 65 ans seront deux fois plus nombreux que les moins de 20 ans, et représenteront jusqu’à 32% de la population (2).

 

L’augmentation de l’âge est classiquement corrélée à une augmentation du risque de développer une maladie chronique, comme le diabète. Parmi ces maladies chroniques, la parodontite est la sixième maladie chronique la plus répandue au monde, avec 10,8% de la population mondiale touchée et 743 millions d’individus malades dans le monde (3).

 

Globalement, l’âge aboutit à une situation proinflammatoire générale, parfois décrite par le néologisme anglais « inflammaging », et conduisant à une diminution du potentiel de cicatrisation et à une moindre capacité de régénération.

 

Dans la mesure où la parodontite aboutit à la perte des dents, les traitements parodontaux et le remplacement des dents (souvent par des chirurgies implantaires) sont une priorité de santé publique. Les dernières données épidémiologiques montrent une augmentation globale du nombre de cas de parodontite (4). The Economist, en partenariat avec la fédération européenne de parodontologie a publié un rapport titré « Time to take gum disease seriously » en 2019 (5). L’Organisation Mondiale de la Santé en a publié un autre en 2022, intitulé « WHO calls to end the global crisis of oral health » (6). Parmi ces besoins de santé publique, les soins parodontaux des patients âgés requièrent une approche particulière.

 

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En pratique clinique courante, le grand âge a souvent été considéré comme une contre-indication aux traitements parodontaux, et plus encore aux traitements implantaires. Il y a 15 ans, les parodontistes se posaient la question de savoir si on pouvait implanter les septuagénaires, et plus récemment les octogénaires voire les nonagénaires. En réalité, cette habitude n’était pas basée sur des données scientifiques. L’interaction entre l’âge, l’état inflammatoire, les maladies chroniques intercurrentes et la stabilité parodontale et péri-implantaire est un problème complexe souffrant d’un déficit d’investigations. Yang et collaborateurs ont entrepris de comparer les données épidémiologiques, c’est-à-dire les indicateurs de santé et de maladie parodontale, dans des populations âgées et jeunes, afin d’apporter un éclairage nouveau et fondé sur des preuves à ce problème complexe (1).

 

 

Prévalences comparées entre patients jeunes et âgés

 

Les données épidémiologiques classiques montraient que la prévalence de la parodontite était environ égale à l’âge (3). Elle est de moins de 9% avant 20 ans, d’environ 42% entre 20 et 60, dépasse 60% à partir de 60 ans, et peut atteindre 80% chez les patients âgés de 80 ans. En population générale, la prévalence s’établit à environ un patient sur deux. Toutefois, les données les plus récentes montrent un léger infléchissement de la prévalence de la parodontite chez les patients âgés, et les tranches d’âge les plus touchées sont les 55-59 ans (4).

 

Cependant la prévalence n’est pas corrélée à la sévérité. Ainsi, si les patients âgés, ou plus âgés que 50 ans, ont un taux de parodontite plus élevé, ils n’ont pas forcément des parodontites plus sévères. La sévérité de la parodontite est pourtant un élément central de la prise en charge, qui permet d’orienter les thérapeutiques.

 

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Un indicateur de substitution permet d’évaluer les conséquences négatives de la parodontite sur la qualité de vie. Il s’agit par exemple des pertes de dents et de la difficulté à mastiquer. Cet indicateur s’appelle DALY pour Disability Adjusted Life Years, et mesure la charge globale que fait peser une maladie sur une population. Le DALY est plus élevé chez les cinquantenaires que chez les octogénaires. On peut donc penser, par une extrapolation restant à confirmer, que la sévérité de la parodontite serait en général moins sévère chez les patients plus âgés.

 

Statut comparé des gencives des patients jeunes ou âgés

 

Les évaluations cliniques et les prélèvements de gencive chez des patients jeunes et âgés laissent apparaître une différence du développement des lésions gingivales dans ces deux groupes d’âge. La gingivite a des profils histologiques différents : les gingivites des patients jeunes sont caractérisées par une vive réaction inflammatoire, alors que les sujets âgés ont une réaction immunitaire altérée. Cela est probablement dû à une senescence immunitaire, et aboutit à un taux de gingivite et de saignement au sondage divisé par deux (56% chez les adolescents contre 23% chez les plus de 60 ans). Ces résultats ont été confirmés par des études basées sur des prélèvements de fluide creviculaire (une sorte de salive excrétée par les gencives) : à accumulation égale de plaque dentaire, la réponse inflammatoire des sujets âgés est réduite.

 

En parallèle, les sujets âgés ont plus de récessions parodontales : les dénudations des racines touchent 50% des patients de plus de 50 ans, et peuvent couramment toucher toutes les dents d’une denture de patient âgé. Les récessions parodontales ont des causes multiples (brossage traumatique, antécédent de parodontite, migrations) et elles sont à ce titre la cause principale de progression de perte d’attache (ou déchaussement des dents) chez les patients âgés. Les greffes de gencive sont donc recommandées dès l’apparition des dénudations.

 

Au contraire les sujets jeunes ont pour principale cause de perte d’attache la parodontite et la poche parodontale (voir le chapitre bilan parodontal). Une fois encore, l’étude comparée de la réponse des gencives chez des sujets jeunes ou âgés montre que la parodontite serait moins sévère chez les patients âgés, et appelle à une prise en charge adaptée aux spécificités de la pathologie du patient âgé.

 

Spécificités de l’os des patients âgés

 

Il existe une relation entre la minéralisation de l’os des mâchoires et la santé générale : les femmes souffrant d’ostéoporose ont un taux de déchaussement augmenté par rapport aux femmes non atteintes par cette maladie (le taux passe de 21 à 27%). Les traitements de l’ostéoporose par bisphosphonates (Actonel, Fosamax, Bonviva, Aclasta) améliorent la densité de l’os chez les femmes atteintes d’ostéoporose, et ont été étudiés dans le traitement de la parodontite également : leur effet est marginal mais améliore très légèrement le traitement de la parodontite.

 

A noter : la mise sous traitement par bisphosphonates doit toujours être précédée d’une consultation dentaire, et d’un assainissement de la cavité buccale, car les traitements chirurgicaux osseux (dont l’extraction dentaire atraumatique) sont ensuite compliqués par ces médicaments. Enfin, les patients âgés présentent souvent une perte osseuse, aussi appelée alvéolyse, supérieure aux sujets plus jeunes (voir le chapitre bilan radio). Toutefois cette alvéolyse supérieure peut être le résultat d’épisodes passés de parodontite, autrement dit des séquelles d’épisodes passés de déchaussement, sans préjuger de la sévérité de la future perte d’attache.

 

Résultats des traitements parodontaux chez les patients âgés

 

Les traitements parodontaux non chirurgicaux comprennent essentiellement des surfaçages et servent à diminuer la charge bactérienne (plaque dentaire) et à diminuer la profondeur de poches (voir le chapitre bilan parodontal). Les résultats des traitements parodontaux non chirurgicaux, mesurés en diminution de profondeur de poche ou en arrêt de la progression du déchaussement (voir chapitre bilan parodontal) apparait corrélé à l’âge : une étude comparant les résultats par groupe d’âge chez 3186 patients a montré que la réduction de profondeur de poche sous 5 mm concernait un patient sur 4 âgé de plus de 65 ans, contre un patient sur 2 âgé de 35 à 64 ans.

 

La chirurgie parodontale est ensuite utilisée pour réduire les poches qui étaient trop profondes pour être guéries par le surfaçage. Les études disponibles sur le sujet n’ont pas réussi à démontrer de diminution de l’efficacité des chirurgies parodontales chez les patients âgés. Ainsi, l’idée selon laquelle le grand âge serait une contre-indication à la chirurgie parodontale est battue en brèche par les données scientifiques disponibles.

 


IMPLICATION CLINIQUE : la prise en charge gériatrique des patients âgés doit être adaptée, elle peut être personnalisée pour la thérapeutique non chirurgicale (davantage de séances de surfaçage, séances plus courtes, adaptation aux difficultés de motricité pour les conseils de brossage). De plus, les chirurgies parodontales et les greffes de gencive ne sont pas contre-indiquées chez les patients âgés en bonne santé.


 

Résultats des traitements implantaires chez les patients âgés

 

Les traitements implantaires permettent de remplacer les dents qui ont été perdues à cause de la parodontite. Ils impliquent souvent plusieurs chirurgies implantaires, et viennent avec une liste de contre-indications chirurgicales classiques (anticoagulants, diabète, risque infectieux).

 

Le risque d’échec implantaire a été largement étudié sur de larges populations, et pris ensembles, les résultats de ces études ne démontrent pas de taux d’échec supérieurs chez les patients âgés. Le risque d’échec implantaire est davantage corrélé à la sévérité de la parodontite qui a fait perdre les dents qu’à l’âge du patient. Ainsi, l’âge de la première perte dentaire pour cause parodontale peut être un indicateur intéressant de la sévérité de la parodontite, et donc du risque d’échec implantaire : les auteurs parlent d’indicateur « sentinelle ».

 

Ainsi, on trouve une différence entre les réhabilitations implantaires sectorielles et totales. Les réhabilitations implantaires sectorielles concernent des patients qui n’ont perdu que quelques dents, là où les reconstitutions arcade complète s’adressent à des patients qui ont perdu toutes les dents. Dans cette dernière catégorie, le taux de perte de la denture complète est légèrement plus élevé chez les patients jeunes, en vertu de ce principe de l’âge de la perte des dents. Car il faut le rappeler, les implants sont très susceptibles aux bactéries qui causent la parodontite.

 

Dans tous les cas, une maintenance parodontale adaptée doit être scrupuleusement respectée, à raison de 2 à 4 séances de surfaçage de maintenance tous les ans. En effet, si le risque de perdre les implants ne semblent pas plus élevé chez les patients âgés, le risque de mucosite et de péri-implantite est plus élevé. Il est donc indispensable de contrôler ce risque par une maintenance d’autant plus rigoureuse.

 


IMPLICATIONS CLINIQUES : l’élaboration des plans de traitements implantaires doit davantage prendre en compte l’état de santé générale que l’âge en lui-même, qui n’est pas un facteur d’échec à lui seul. L’indicateur sentinelle, correspondant à l’âge de la première perte dentaire pour cause parodontale, est primordial dans le choix du traitement pour remplacer les dents. 


 

BIBLIOGRAPHIE

 

(1)  Yang et al. Population level data on aging in periodontal and peri-implant health—Aging is not a contraindication for periodontal or peri-implant therapy. Periodontol 2000. 2026 Apr 24. doi: 10.1111/prd.70041. Online ahead of print. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/42031692/

 

(2) Le Monde du 8 Juin 2026 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/06/08/l-insee-projette-un-pic-de-population-en-2037-a-69-8-millions-d-habitants-suivi-d-une-baisse-reguliere_6699482_3224.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=ios&lmd_source=default

 

(3) Kassenbaum et al. 2014 Global Burden of Severe Periodontitis in 1990-2010: A Systematic Review and Meta-regression. J Dent Res 93(11):1045-1053, 2014. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25261053/

 

(4) Wu et al. 2022. Global, regional, and national burden of periodontitis from 1990 to 2019: Results from the Global Burden of Disease study 2019. JPeriodontol.2022;93:1445–1454. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25261053/

 

(5) Time to take Gum disease seriously. The Economist / EFP.  https://www.efp.org/publications-hub/the-socioeconomic-impact-of-periodontitis/

 

(6) WHO calls to end the global crisis of oral health. The Lancet Vol 400 December 3, 2022.

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36410360/

(7) Consensus de parodontie 2018 : Staging and grading of periodontitis : framework and proposal for a new classification and case definition. Tonetti et al. Journal of Periodontology Volume 89 Number S1 159-172 June 2018. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/JPER.18-0006



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